Sketch/Skencil: Le caractère de la police.

1. Postscript Type1 et TrueType

Dans ce qui suit, nous parlerons de préférence de fonte de caractères, plutôt que de police de caractères, qui semble être un anglicisme indésirable (pléonasme!), même si le terme police a été conservé dans le titre du présent exposé, et qu’il pourra y ressurgir inopinément par la suite. Une fonte (les caractères en plomb provenaient autrefois de chez un fondeur, d’où le nom de fonte) numérique est un ensemble de données susceptibles de reproduire le dessin des caractères d’imprimerie, stockées dans un ou plusieurs fichiers informatiques. Ces fichiers contiennent les informations nécessaires d’une part à l’affichage sur moniteur et d’autre part à l’impression sur un support externe de l’ensemble des caractères  (le jeu de caractères) d’une fonte donnée.

Une fonte ne présente d’intérêt que si elle est redimensionnable, c’est-à-dire s’il est possible de l’afficher et de l’imprimer suivant des dimensions différentes. On dira alors qu’on l’utilise dans des corps différents. Le redimensionnement des fontes numériques, ainsi que le langage PostScript lié à leur gestion, sont une création de la société Adobe. Les fontes qui en sont issues s’appellent fontes Type1 (il existe des Type 2 et 3), et sont caractérisées par trois fichiers descripteurs par fonte:

fonte.afm (Adobe Font Metric), qui est un fichier texte, fonte .pfa (PostScript Font Ascii) et fonte.pfb (PostScript Font Binary), ce dernier étant la version binaire du précédent, la présence simultanée des deux types n’étant pas obligatoire pour un bon fonctionnement des applications.

L’un des problèmes d’une pareille technologie vient de ce qu’il est possible d’afficher une fonte, mais non de l’imprimer, ou inversement, selon que l’on ne disposera pas de l’un ou l’autre des fichiers requis à l’une de ces tâches. L’autre difficulté vient de ce que la licence Adobe relative aux Type1 en rend l’utilisation chère et contraignante. Ainsi est-il prévu que les créateurs de fontes PostScript doivent verser des royalties à Adobe. Cela explique que sous Linux, qui recourait initialement aux seules fontes Type1, on disposait d’un ensemble très limité de possibilités, les fontes PostScript libres étant peu nombreuses, quelques-unes de Adobe, d’autres de URW et de Bitstream.

Apple, très implanté dans la PAO, dépendait donc fort étroitement de Adobe et de sa technologie PostScript. Voulant s’en affranchir afin d’étendre son propre contrôle sur ce domaine d’activité, Apple créa les TrueType, appelées le plus souvent TTF (True Type Font). Ce type de fontes vectorielles utilise un unique fichier descripteur, tant pour l’affichage que pour l’impression, qui d’ailleurs, s’effectue sur n’importe quelle imprimante de bureau, alors que les PostScript nécessitent, en principe, une imprimante du même type, ou une émulation logiciellle comme ATM, ou GhostScript sous Linux.

La PAO professionnelle fait appel aux fontes PostScript, mais d’une manière générale, pour une utilisation courante, on pourra se fier aux fontes TrueType: le résultat imprimé sera conforme à l’affichage. De plus, il existe une très grande quantité de fontes gratuites, voire libres d’utilisation, provenant d’une multitude de créateurs indépendants ou de fondeurs de renom. Depuis quelques temps, la plupart des distributions Linux d’aujourd’hui gèrent les TrueType d’une façon transparente, de leur installation facile (sur Mandrake) à leur impression sans reproche en passant par leur affichage lissé (antialiasé). Dès lors, pourquoi s’en priver? Pourquoi ne pas en jouer graphiquement avec Sketch/Skencil? Après tout, un outil de dessin vectoriel doit savoir manipuler des caractères qui sont eux aussi vectoriels?

C’est ce que nous nous proposons de découvrir ici.

Note importante: les manipulations décrites dans ce qui suit, ont été élaborées sur une distribution Linux Mandrake 8.2. Il se peut donc que certaines informations soient à adapter pour d’autres distributions, ou d’autres versions.

2. Où trouver des fontes True Type ?

On dit que plus de 40.000 fontes de caractères ont été recensées, et qu’il s’en crée continuellement. La surabondance étant l’ennemie du mieux, il devient très difficile de trouver ce que l’on cherche exactement, d’autant que quantité de fontes se ressemblent au point que les différences échappent au regard non averti. Combien de milliers de Times et similaires? Combien d’ Helvetica et analogues?… Combien de sites web dédiés aux caractères?

Sous peine de perdre son temps, il faut limiter les sources à consulter, on en conviendra. Voici donc quelques sites de très grand intérêt:

http://www.geocities.com/jeffsfonts/, de Jeff Levine, créateur des fontes, dont une centaine de Dingbats, qu’il met en libre téléchargement. (le site de Jeff Levine n’est plus accessible, mais on peut trouver des équivalences sur http://www.dafont.com)

http://www.simplythebest.net/fonts/, qui semble ne pas usurper son nom, du fait de sa présentation très claire et du très grand nombre de fontes freeware ou shareware disponibles, judicieusement classées.

http://www.moorstation.org/typoasis/designers/westwind/ toutes les créations, originales et soignées, de West Wind Fonts.

http://www.fontgarden.com/, semblable à Simlpy The Best, peut-être plus riche et différemment présenté.

http://www.planete-typographie.com/, site français, des plus instructifs qui, outre les fontes sélectionnées mises en téléchargement, offrent des pages pédagogiques concernant la typographie et l’imprimerie, qu’il s’agisse d’histoire ou de technique. A consulter absolument.

Et encore:

http://www.fontalicious.com/super/fonts.html, fontes de titrage pour la plupart. http://www.fontfreak.com/, fontes PC et Mac. http://www.1001freefonts.com/

Il ne semble pas nécessaire de chercher plus loin, la plupart de sites ci-dessus proposant des liens pointant vers les créateurs et grands pourvoyeurs de freeware que sont Ray Larabie, PizzaDude, Nick Curtis, etc. A noter, pour l’anecdote, que Microsoft lui aussi propose des fontes en freeware: une seule main suffit à les compter sur les doigts. Sauf erreur de ma part, évidemment…

La plupart des fontes étant d’origine anglo-saxonne, elles ne contiennent pas de caractères accentués; beaucoup d’autres, de type fantaisie, ne contiennent que des majuscules, et seront donc réservées à la réalisation de titres. D’autres, peuvent ne contenir qu’une douzaine de caractères. Si l’on désire disposer d’une table de caractères complète, il convient de se tourner vers les concepteurs professionnels: Bitstream Inc, URW Software, Nimbus, Letraset, Mecanorma, Corel Corp., Monotype Typography, QualiType, ITC, Adobe… et même Microsoft. En effet, les fontes Times New Roman, Arial, Verdana et Courrier New sont utilisées sur tous postes Windows : si l’on veut échanger avec eux des données provenant d’un poste Linux, sans altération de l’apparence, il importe d’avoir composé et mis en page lesdites données avec les mêmes caractères que ceux qui seront utilisés pour les lire. Cela va sans dire, mais cela va mieux en le disant, ainsi que l’affirme l’adage bien connu.

Si l’on a installé Corel Photo Paint, version 9 pour Linux, on dispose sur son système de 178 fontes True Type dont la table de caractère de chacune est complète. Inutile donc de s’en priver, et l’on pourra convertir en Type1, par exemple: Imtpulse BT, Allegro BT, Architecture, Staccato222 BT, WP IconSymbolA, etc. qui sont d’excellente facture (M.à.j. : Depuis la version 9, Corel Photo Paint n’est plus développé pour Linux mais vous pouvez encore le trouver en téléchargement).

3. Convertir des True Type en Type1

3.1 Le nécessaire à conversion:

Rappelons un point important: les distributions modernes telles que Mandrake et les environnements évolués tels que KDE usent indifféremment des TTF ou des Types1. De ce fait, on ne convertira que les fontes nécessaires à l’usage d’un programme particulier qui ne peut recourir aux TTF. Ici, comme dit précédemment, l’opération est envisagée pour Sketch/Skencil, sans préjuger de son adaptabilité à d’autres programmes.

Afin de réaliser les conversions envisagées, il convient de disposer des outils adéquats, ce qui n’est guère une difficulté sous Linux, le choix des outils étant immense. On récupèrera, sans qu’il soit obligatoire d’y recourir dans le cas présent, les outils suivants:

1) ttf2pt 1, basé sur ttf2pfa, un autre convertisseur TTF vers Postscript. La version 3.4.3 utilisée pour cet article est en téléchargement sur: http://ttf2pt1.sourceforge.net Disponible depuis décembre 2002, cette version est livrée sous forme de sources compactées en une archive tgz, contenant un Makefile qu’il n’est donc pas nécessaire de générer par le classique ./configure. La compilation, lancée dans le répertoire de décompression par un simple make, produira deux exécutables pricipaux: ttf2pt1 et t1asm, ainsi que d’autres utilitaires de manipulation de fontes qui viennent s’ajouter à la douzaine de scripts livrés avec l’archive. De cet ensemble, seul ttf2pt1 nous intéressera par la suite.

2) type1inst, de James Macnicol. Il s’agit en réalité de deux scripts en Perl, type1inst et t1embed, disponible en archive tgz sur: http://rpmfind.net/linux/RPM/type1inst. Ces outils servent à générer dans le repertoire des fontes installées les fichiers descripteurs: fonts.scale, fonts.dir et Fontmap. Dans le cas de Sketch/Skencil, il est préférable de recourir à l’utilitaire maison pour générer fonts.scale, qui différera de celui produit par type1inst, lorsque certaines fontes converties présentent des difficultés. Au final, type1inst s’avère utile uniquement pour générer Fontmap, fichier nécessaire à Ghostscript, mais inutile pour notre démonstration.

3) Type1Utils, de Eddie Kohler. Livré en sources tgz, ce paquetage produit six exécutables après compilation: t1ascii, t1asm, t1binary, t1disasm, t1mac, t1unmac, destinés à convertir des PFB en PFA et inversement, à désassembler ou assembler ces mêmes fichiers, et à convertir les ATM/Laserwriter de Macintosh en Type1. Non utilisée pour le problème qui nous occupe, cette collection d’utilitaires est signalée à toutes fins utiles. A télécharger sur: http://www.lcdf.org/~eddietwo/type/t1utils-1.26.tar.gz

4) mkfontdb.py, script Python de Bernhard Herzog. Est indispensable pour générer un fonts.scale correct et std.sfd, c’est-à-dire standard skecth font directory, à télécharger sur le site officiel de Sketch/Skencil: http://sketch.sourceforge.net/mkfontdb-1.3.tar.gz

3.2 Exemple de conversion:

Pour une plus grande clarté de lecture, créons un répertoire temporaire dans son home, par exemple Convfont. Copions-y une fonte TTF, n’importe laquelle, par exemple la très belle staccato.ttf, du fondeur Bitstream Inc. En mode console, si l’on a proprement installé ttf2pt1, il suffira de se rendre dans le répertoire Convfont contenant la fonte à convertir et d’entrer la commande:

ttf2pt1 -ab staccato.ttf. La mention -ab, en réalité les options a et b du programme, signifie que l’on désire une table de caractères contenant tous les caractères inclus dans le fichier TTF d’origine (option a) et que celle-ci doit être assemblée dans un fichier compressé binaire pfb (option b). A l’exécution de la commande, des indications vont défiler, notamment l’annonce de la création d’un fichier nommé staccato.pfb; on apprendra aussi que la fonte convertie s’appelle très précisément: Staccato222BT-Regular et que l’opération de conversion sera terminée à l’apparition du message suivant: Finished. Font File Created. L’examen du répertoire Convfont montrera alors que deux fichiers viennent d’être créés: staccato.afm et staccato.pfb.

Le fichier afm étant un fichier texte, il est facile de le lire pour y apprendre que la table de caractères contient 307 signes (StartCharMetrics), que le cé cédille minuscule (ç) est le caractère 184 dans la table, alors que le même en capitale est le caractère 199 (Ç) etc… Si l’option -a n’avait pas été demandée lors de la conversion, la table de caractères n’en contiendrait que 256. A chacun de voir s’il veut disposer des signes comme la tilde (~), le dollar ($), dièse (#) etc… A noter que la liste complète des options de ttf2pt1 s’obtient en entrant simplement dans une console: ttf2pt1. Pour clore le sujet, ajoutons que l’appel du programme sans option limite le résultat de la conversion à un fichier staccato.afm, et que l’option -e produit un fichier staccato.pfa. A chacun de voir s’il préfère les .pfa aux .pfb.

3.3 Exemple d’installation:

L’installation de la fonte (ou des fontes, évidemment) consiste à la placer dans le répertoire idoine, puis à la faire prendre en charge par XFree et par Sketch/Skencil. Cela peut paraître compliqué, surtout comparé à la simplicité de procédure requise par Windows pour installer une fonte, mais ce ne l’est pas vraiment: il suffit d’un minimum de rigueur pour mettre en oeuvre ce qui suit.

1) Tout d’abord, copier les fichiers staccato.afm et staccato.pfb dans: /usr/lib/sketch-0.6.15/Ressources/Fontmetrics. L’opération devra être menée dans un terminal en mode SU, soit en ligne de commande (cp [options] source cible) pour les masochistes, soit en appelant l’un des irremplaçables MC, Krusader ou Konqueror.

2) Entrer dans le répertoire /usr/lib/sketch-0.6.15/Ressources/Fontmetrics (cd [-L|-P] [dir]).

3) Installer la nouvelle fonte en appelant soit: –type1inst sans options, ce qui, après scrutation du répertoire . ../Fontmetrics, génerera les fichiers fonts.dir, fonts.scale et Fontmap, ce dernier n’ayant aucune utilité si son contenu n’est pas rapporté dans le Fontmap de Ghostscript. Toutefois, il est apparu à l’usage que les fichiers fonts.dir et fonts.scale ne sont pas toujours corrects pour une utilisation sans histoire par Sketch/Skencil. On recourra alors à la solution suivante, qui est valide à coup sûr:

mkfontdb.py -x -s, qui génèrera les fichiers fonts.scale et std.sfd en adéquation avec ce que Sketch/Skencil attend. Si l’on tient à avoir fonts.dir, il suffira de copier fonts.scale en le nommant fonts.dir, ces deux fichiers contenant en principe les mêmes informations.

4) Demander à XFree de prendre en compte les fontes de Sketch/Skencil, ce que l’installation de Sketch/Skencil ne fait pas par défaut, et qui devrait être réalisé avant la première utilisation de Sketch/Skencil. Pour cela, éditer le fichier /etc/X11/fs/config, ajouter une virgule en fin de la dernière énumération des répertoires de fontes de la section catalogue, et ajouter la ligne: / usr/lib/sketch-0.6.15/Ressources/Fontmetrics, sans mettre de virgule en fin de ligne. A noter que l’opération pourrait être réalisée grâce à /usr/sbin/chkfontpath [options].

5) Faire prendre en compte l’ajout de la nouvelle fonte par le système, soit par la façon brutale, mais terriblement efficace, consistant à faire redémarrer son système soit, toujours dans un terminal en mode SU, en entrant la commande: xset fp rehash (consulter la documentation à ce propos).

6) Vérifier -c’est facultatif- que l’installation est correcte en appelant K Char Select, ou Drakfont. (Voir illustration).

4. Quelles fontes convertir ?

Evidemment, il n’y a pas de réponse absolue. Chacun opèrera en fonction de ses goûts, de ses besoins et de ses coups de coeur. Cependant, il existe des fontes dont les caractères sont des glyphes -terme parfaitement adéquat pour les fontes Aztec ou Mayan– non alphabétiques, couvrant bien des domaines ainsi graphiquement représentés. Il serait alors peu judicieux pour un graphiste de s’en passer tant il est possible, en les utilisant , de composer rapidement une illustration comme il a été dit en introduction. Les fontes les plus représentatives du genre sont les Dingbats; elles sont devenues une référence, au point que toute fonte composée d’autre chose que de caractères alphabétiques est classée usuellement dans les catégories des Dingbats, quel que soit le domaine qu’elle couvre.

Ainsi, on trouvera:

– des symboles divers: Dingbats, Wingdings, WP IconicSymbolsA, Webdings, 2 TheLeft Dingbats, PizzaDude Bullets

– des flèches: Arrows

– des encadrements floraux: Corners, Flowers Show, WebOMint

– des personnages: Gee Club, Tombats Four, Mr Men, McZee, FlyingPenguin, FFDingBest, Face It!, Face On!, Dont bug Me….

– des hiéroglyphes en tout genre: Mayan, Aztec, PharaoGlyph, Deities… Des mammifères, des insectes, tout ce que l’on voudra, et même des fontes qui imitent les caractères propres à certaines raisons sociales: Loki Cola, Walt Disney Script… Voir illustration de spécimen.

5. Comment utiliser ces nouvelles fontes ?

Une fonte de caractères, on l’aura compris, est une collection de petits dessins – des glyphes – représentant des lettres ou n’importe quoi d’autre. Chaque caractère est constitué de courbes de Bézier: il s’agit donc d’une entité vectorielle mathématiquement définie qui pourra être redimensionnée, déformée, triturée point par point. C’est en ce sens que les fontes de caractères sont de précieux alliés des graphistes: du fait de leur malléabilité. Cependant, il ne sera possible de les plier à volonté que sous certaines conditions.

Au départ, dans tout programme de dessin vectoriel, une chaîne de caractères est une entité de texte, et elle le demeurera tant qu’on ne la transformera pas en autre chose. Si on envoie à un imprimeur un dessin produit par Sketch/Skencil contenant du texte en tant que tel, et que l’imprimeur ne dispose pas de la fonte utilisée pour composer ce texte, le dessin ne pourra pas être ouvert, ou bien la fonte sera remplacée par une fonte de substitution qui ne garantira pas la mise en page originale.

NOTA: on traite avec l’imprimeur sur la base de dessin Sketch/Skencil converti en .ai, tous les imprimeurs disposant de Illustrator , et aucun de Sketch/Skencil

Pour éviter les obstacles de ce genre, il suffit que le dessin ne contienne pas de texte mais uniquement des entités de dessin. A cette fin, les chaînes de caractères seront converties en dessin par la commande: >Courbe > Convertir en courbe. Cette commande, qui existe dans d’autres programmes, peut s’appeler différemment.

Si l’on veut manipuler séparément chaque caractère (qui a perdu son attribut de texte), il faut le rendre indépendant des autres par la commande: >Disposer >Dégrouper.

Si l’on veut modifier le dessin du pseudo-caractère, il faut se placer en Mode d’édition de points. Cette procédure primordiale se trouve résumée dans l’illustration suivante.

6. Premier exemple de réalisation

Proposons-nous de réaliser une affichette incitant à l’accomplissement du devoir civique par excellence: voter lors d’un référendum, où il ne s’agit que de déposer dans l’urne un bulletin: Oui, ou un bulletin: NON, selon les convictions de chacun. L’affichette en question pourrait ressembler à l’image suivante, toute considération esthétique étant laissée de côté. Il n’est ici question que de technique.

NOTA: il est entendu que pour ce genre d’exercice, la manipulation minimale de Sketch/Skencil est pré-requise.

L’habitude de l’illustration vectorielle dit rapidement que cette image nécessite différents calques (couches) correspondant chacun aux éléments qui la composent: un fond, une urne, l’action de voter (main et bulletin), du texte standard et le contenu possible du bulletin (oui, non) variable selon l’opinion du votant. La structure en calques de l’illustration pourrait donc ressembler à ceci:

6.1 Création du Oui/Non:

On peut supposer que le « Oui » est joyeux, et qu’une fonte enjouée devrait le traduire. La fonte Walt Diney Script (http://simplythebest.net/fonts/fonts/walt_disney_script.html , licence libre pour un usage personnel) conviendra. Quant au « NON », qui veut s’opposer violemment, une fonte massive comme l’Impact de Monotype Corporation (fonte non libre) devrait en montrer la détermination. Evidemment, comme en tout scrutin, il y a les hésitants, qui naviguent entre les deux possibilités. Transcrire cela graphiquement est fort possible avec Sketch/Skencil.

Quatre étape seront nécessaires à la réalisation de la chose.

1° Etape: sur le calque Oui/Non, entrez le texte « Oui », de couleur bleue, puis le texte « NON » de couleur rouge, chacun des deux textes dans la fonte choisie. Convertir les deux textes en courbes.

2° Etape: sélectionner les deux textes (qui sont maintenant des entités de dessin), puis dans >Effets >Transformations (ou mélanges)> Etapes:10 >Appliquer. Un morphing (transformations successives, appelées Dégradé de forme dans Illustrator) de forme et de couleur est alors réalisé entre le « Oui » et le « NON ».

3° Etape: dégrouper le morphing, tracer un cercle et disposer radialement (et à la main!) chaque élément de la transformation autour du cercle. Rappelons qu’un clic sur un objet le sélectionne et autorise son déplacement, alors qu’un second clic permet sa rotation et son « italisation ».

4° Etape: supprimer le cercle qui n’avait qu’un rôle de guide.

Voir illustration des quatre étapes.

6.2 Création de l’action de voter:

Plus explicites qu’un discours, quelques pictogrammes diront clairement que voter consiste à déposer une enveloppe fermée contenant son bulletin, dans une urne. La fonte WP IconicSymbolA de Corel contient les deux éléments dont nous avons besoin: une enveloppe cachetée et un main, index tendu, indiquant une direction à suivre. Rappelons que l’on peut connaître le contenu d’une table de caractères, ainsi que la touche du clavier à laquelle un caractère correspond grâce, par exemple, à Gnome Character Map. Ici, la main correspond à la touche: » L » et l’enveloppe correspond à la touche « J« . Bien évidemment, ces caractères seront convertis en courbes et dégroupés avant mise en place sur le calque Vote. Voir illustration.

6.3 Dessin de l’urne:

Celle-ci n’étant pas disponible comme caractère (peut-être existe-t-elle dans une autre fonte), la dessiner sur le calque Urne grâce à l’outil: Dessiner Polyligne. Ne pas oublier d’éditer le tracé en mode points (de contrôle), de sélectionner les points d’origine et de fin de tracé, et de clore la figure grâce à >Courbe >Joindre noeuds. On pourra ainsi remplir la figure sans qu’il y ait de fuite. Voir illustration.

6.4 Ajouter du texte:

Sur le calque Texte, ajouter en VGA Rounded de Bitstream Inc, les textes « ou » et « …mais VOTER! ». Convertis en courbes, ces textes pourront recevoir une couleur de remplissage et une couleur de contour (ainsi qu’une épaisseur de contour) différentes. Voir illustration.

6.5 Ajouter un fond:

Sur le calque Fond, tracer un rectangle aux dimensions de la page A4 et le remplir d’un dégradé, d’un aplat ou d’un motif, selon les préférences de chacun. Ne reste plus alors qu’à signer l’oeuvre que l’on s’était proposée de réaliser en début d’exercice. Facile, non?

7. Deuxième exemple de réalisation

Cet exercice est fort simple à réaliser, puisqu’il ne contient que du texte converti en courbes. Il est inutile donc de le trop détailler. Les fontes de caractères ont été choisies en fonction du message que chaque texte exprime. Ainsi, « Morosité » est d’un dessin flasque et lourd à la fois, dans une position descendante comme on peut s’attendre d’un sentiment qui achemine vers la dépression, et dans une couleur fade et froide. Il s’agit de la fonte SF Hallucination, de ShyFonts Type Foundry. Le texte « SOURIEZ! », au contraire se doit d’avoir une allure guillerette, ascendante, pleine de lumière, de chaleur et de volume. Il s’agit de la fonte Junior & Stinky, de John Martz. Quant au texte principal, donneur de conseil, il se doit d’être docte, lisible, sans fantaisie, droit comme une rembarde. Il s’agit de la fonte 20th Century Font, de Ray Larabie. Restent les personnages: deux caractères provenant de la fonte PizzaDude Bullets, de Jakob Fischer. Le personnage morose est obtenu grâce à la touche « 5 » du pavé numérique, et le personnage souriant grâce à la touche « 3 ». Les grises mines reçoivent un remplissage en aplat, alors que la mine réjouie est remplie avec un dégradé circulaire qui lui donne du volume. De plus, lui-même et le texte « SOURIEZ! » qui l’accompagne, rempli de la même façon, sont dupliqués sur un calque sous-jacent afin de créer une ombre légère qui leur donne ainsi du relief, en contraste avec la platitude des éléments moroses. Le tout est disposé sur un fond dont le dégradé va du sombre au clair, pour exprimer le passage du triste au joyeux. Voir illustration. Simplissime, non?

8. Troisème exemple: un peu de poésie

La famille des Dingbats couvre, comme il a déjà été dit, un grand nombre de domaines. Si la poésie (naïve) évoque les fleurs, les fées, les papillons… il est alors aisé de traduire graphiquement ce concept grâce aux fontes disponibles. En voici une interprétation possible: « …et volent les papillons ».

Sur cet exemple encore, pas un seul trait n’a été tracé: il ne s’y trouve que des caractères. Les motifs floraux proviennent de la fonte Corners 1, de Helen Duggan, les papillons de la fonte KR Buterflies (http://www.katsfunfonts.com) et le texte de la fonte Mandingo, de Font « a » Licious Fonts. L’illustration se compose au minimum de trois calques: Fond, Ombre et Motifs, en allant du plus bas vers le plus haut. Les motifs (les caractères convertis en courbes) sont remplis par des aplats, avec des bordures ayant leur tonalité accordée au remplissage. Les bordures ont pour but de souligner les formes, qui cependant restent assez plates sur un fond vide: élément (1) sur l’illustration de la décomposition en calques. Pour donner du relief à l’ensemble sans distraire le regard, il convient de créer sur le calque Fond, un arrière-plan uni de couleur claire (2). Mais l’image demeure encore plate. Aussi aura-t-on tout avantage à sélectionner le contenu du calque Motif, et à le copier dans le presse-papier pour le coller ensuite sur le calque Ombre, où la copie recevra une couleur unie identique pour le remplissage et les bordures. Cette couleur sera semblable à celle du fond, mais en plus sombre (3). Le contenu du calque Ombre sera légèrement décalé par rapport au contenu du calque Motifs afin de créer l’effet d’ombre recherché (4). Elémentaire, non?

9. Dernier exemple: rien que des lettres !

Il n’est pas un logiciel de dessin vectoriel qui, dans l’exposé de ses fonctions, ne présente pas la possibilité de réaliser une image avec seulement des chaînes de caractères (alphabétiques). Illustrator n’échappe pas à la règle. Il est donc juste de montrer que Sketch/Skencil en est également capable. L’illustration suivante le prouve et nous verons dans un prochain numéro comment parvenir à ce résultat sans souffrir le martyre. La procédure sera explicitée dans le détail et constituera ce que nos cousins du Québec n’appelleraient pour rien au monde un « Step by step ».

Dernièrs babillages: si l’on préfère les machineries lourdes de possibilités multiples, on se tournera vers StarDraw/OpenDraw. Tout ce qui vient d’être dit plus avant pourra y être réalisé de manière semblable avec, en plus, l’introduction de fonctionnalités qui font cruellement défaut à Sketch/Skencil: la transparence et le dégradé de transparence, tant sur les zones de remplissage que sur les contours. Et ne parlons pas de cet outil hautement créatif qu’est la conversion 3D de tout objet, bitmap ou vectoriel, et de son texturage, ni de l’avantage à utiliser dans StarDraw/OpenDraw les fontes TTF sans transformation préalable en PostScript Type1.… et c’est tout pour aujourd’hui!


André PASCUAL

andre.pascual@linuxgraphic.org

Cet article, rédigé en mai 2003, a été publié dans LinuxPratique France en 2004.

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